Voici la chronique Remue-mémoires, en complicité avec Alice Guéricolas-Gagné du collectif Mémoires à faire, présentée le 16 avril 2026 à l’émission Québec Réveille, animée par Rémi Giguère et mise en ondes par Marc-André Dubé sur les ondes du 88,3, CKIA-FM Radio Basse-Ville.
* *
– Bon, on essai encore?
– Visiblement, ça ne répond pas.
– Qu’est-ce qu’on fait ?
– Je sais pas, j’aimerais bien entrer au 570… la maison a été vendue en 2014 et elle a été rachetée par une compagnie qui fait de la location à court terme maintenant…
– C’est quoi le nom de la compagnie qui possède la maison… on a juste à appeler…
– Ça s’appelle Oklouer…, un nom de compagnie assez générique… assez québécois comme nom je dirais.
– Bon, je te donne le numéro.
– En fait, oui je veux appeler le propriétaire, entrer dans la maison… mais pas là. C’est trop précipité. Je ne suis pas prêt.
J’ai l’impression que je dois saisir davantage l’histoire de ce bâtiment-là… avant d’y entrer. Et j’aimerais ça être accompagné lorsque je vais y aller, entrer avec des gens qui ont déjà travaillé là…
– Bien prend ton temps alors… prend ton temps… mais prend le pas trop non plus… les gens qui ont fait vivre cette maison-là… sont quand même pas éternelles.
Entre-temps… la seule façon d’entrer dans la maison… c’est par la fenêtre des archives ou de la mémoire de ces personnes là.
– Hum. On pourrait aller voir Monique, qui a déjà fait de la radio là-bas. Elle n’habite pas trop loin.
– Monique qui, tu dis ?
– Monique Foley.
– Monique est arrivée à Québec aux débuts des années 1980 après avoir milité dans le mouvement pour le désarmement et la paix à Ottawa sur la Colline parlementaire. Elle rencontre le ramoneur des pauvres, Luc-André Godbout, et elle arrive en mars 1984 dans le quartier Saint-Roch.
– L’aventure de Monique Foley à la radio continue encore aujourd’hui, où elle réalise l’émission Mes amiEs de filles avec d’autres complicesdepuis le mois de janvier de l’an 2000. Elle avait aussi réalisé auparavant la mise en ondes de l’émission des Amies de la Terre ainsi que l’émission Sol Dièse en 1985-1986.
– On a demandé à Monique comment elle considère cette adresse là de la Basse-Ville, le 570 rue du Roi.
– Et on a commencé à regarder des photos qu’elle avait prises à cette époque.
– Ah, bien oui, Réjean Cyr, qui a travaillé longtemps à l’ACEF de Québec. Avec toutes les photos que Monique a conservées, on peut revisiter certaines parties de la maison du 570… comment c’était fait… les mansardes…l’ambiance.
Avant d’accueillir la radio, aux débuts des années 1980, ce bâtiment de la rue du Roi a accueilli le premier comité de citoyen de Québec, le Comité de l’Aire 10, c’était dans les années soixante, il y a soixante ans, en 1966 pour être plus précis. Qui mais se souvient encore de ça… ?
– On a ouvert comme cela un album de photos, on a pris une heure d’une journée, pour revisiter le 570 et remuer ce qu’il en reste de mémoires…
Les souvenirs les plus vifs parfois… sont souvent liés à ce qu’on a fait, à la manière dont on a agi dans le monde, de par notre travail, nos actions. Et c’est ce que Monique nomme le plus précisément, tout comme le temps qu’elle a passé là …
– Quand Monique parle de ce cette maison-là, j’imagine toutes les ombres qui s’agitent derrière les vitres. Je pense à tous les gens qui passaient par là, ça avait l’air d’être un carrefour, avec aussi beaucoup d’entraide.
– Monique nous a raconté ce que la maison représente pour elle, elle nous a fait entrer dans ce lieu qui a transformé la petite fille de Saint-Casimir en la Monique Foley féministe qu’on connaît aujourd’hui.
– Monique est tombée dans cette talle-là, celle de la radio.
Et dans quelle talle suis-je tombé… moi ? Je pense que je suis tombée dans la talle d’une génération précédente, la talle du 570 rue du Roi.
Un lieu qui commence à me former, de manière latente… qui est une talle dans laquelle j’ai commencé à convier d’autres complices… parce que oui, je suis convaincu, qu’il y a encore des Mémoires à faire.
– On y retourne!
