Voici la chronique Remue-mémoires, en complicité avec Alice Guéricolas-Gagné du collectif Mémoires à faire, présentée le 19 mars 2026 à l’émission Québec Réveille, animée par Rémi Giguère et mise en ondes par Marc-André Dubé sur les ondes du 88,3, CKIA-FM Radio Basse-Ville.
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Remue-Mémoires, les grands explorateurs dans la ville de Québec
Alors bonjour et bienvenue aux Grands explorateurs.
Je serai aujourd’hui votre guide pour la découverte du jour.
N’hésite pas à vous avancer, devant dans l’amphithéâtre, ça permet de mieux voir et mieux entendre.
Comme à l’accoutumée, nous allons découvrir des contrées bien connues pour certains, alors que pour d’autres, ce lieu demeure peut-être inexploré.
Au menu, pour cette conférence aujourd’hui : la ville de Québec.
Situé aux abords du fleuve Saint-Laurent, entre les Laurentides et les Appalaches, la ville de Québec est traversée par une rivière aux mille méandres, qui a longtemps été nommé la Kabir Kouba, la rivière Akiawenrahk en Wendat – un mot qui signifie « truite ».
Cette rivière que vous voyez sur cette représentation sera nommée « Saint-Charles » il y a environ quatre cents ans par les récollets, fort probablement en l’honneur de Charles Borromée, un cardinal canonisé de la contre-réforme du concile de trente [euh!] dont on nomme le nom sans cesse au quotidien, en se demandant diable quel pourrait bien être la marque de ce lombard sur la vie de la communauté d’icitte.
Dès les années 1639, arrivent à Québec les trois premières augustines qui fondent le premier hôpital de la Nouvelle-France – Le Monastère des Augustines.
Quelques décennies plus tard, le bâtiment de l’ancienne Brasserie du Roy, mis sur pied grâce à Jean Talon, sera transformé en un palais destiné à accueillir nul autre que l’intendant de la Nouvelle-France. Jusqu’en 1759, le Palais de l’intendant accueille alors plus d’une dizaine d’intendants. L’illustration de 1692 de Robert de Villeneuve représente précisément ce bâtiment.
On voit ici, sur cette représentation le promontoire sur lequel est sise la ville de Québec, une protubérance du bouclier canadien, qui se nomme le Cap Diamant.

Le fort Saint-Louis, le Château Saint-Louis, qui est la résidence du gouvernement de la Nouvelle-France dès la moitié du 17e siècle.
Alice : L’histoire de la Nouvelle-France, encore…
Ici, La citadelle de Québec, construite en 1690, à la demande de Louis de Buade, comte de Frontenac.
Les plaines d’Abraham, un moment important de la guerre de Sept ans qui survient en Nouvelle-France, et qui a marqué pour toujours la vie dans la ville de Québec.
Alice : L’histoire militaire, qu’on nous recasse encore et encore… y manque juste les patriotes…
La terrasse Dufferin, qu’on appelait auparavant la terrasse Durham, en raison du gouverneur du même nom qui était plein de mépris à l’égard des Canadiens français du Bas-Canada, « un peuple, écrivait-il, sans histoire et sans littérature ».
Alice : Cette version de l’histoire qu’on nous a tant racontée… depuis l’école primaire qu’on nous répète ça.
Oui, j’entends des murmures dans l’audience. Si vous voulez prendre la parole, vous pouvez simplement vous avancer au micro situé à gauche et à droite dans l’amphithéâtre.
Donc, comme je disais, la ville n’échappe pas au destin commun de l’ensemble des milieux urbains à travers le monde : celui de l’industrialisation. Tout au long du 19e siècle, les berges de la rivière Saint-Charles ont été le théâtre de chantiers navals, ce qui favorisa l’immigration et l’expansion urbaine.
Alice : Est-ce qu’il va aborder les conditions de vie des ouvriers…
Des incendies éclatent dans les quartiers centraux, dont un majeur à Saint-Roch en mai 1845 et un autre à Saint-Sauveur en mai 1889.

À la même période, les villages de Smithville, Parkville, et New Waterford fusionnent pour former la municipalité de Limoilou en 1893. Les terres de Limoilou sont peu à peu rachetées par des investisseurs regroupés sous le nom de Québec Land Company. C’est le far-ouest ou presque, les promoteurs immobiliers ont carte blanche pour planifier la construction de la ville, et ils s’inspirent du modèle quadrillé de New York, avec des rues et des avenues. La compagnie invite, et je cite un article du journal Le Soleil, à « fuir les rues poussiéreuses, étroites et congestionnées du Vieux-Québec et à venir vivre au grand air » (Le Soleil, 16 juillet 1920)
Autre saut dans le temps, après l’industrialisation, la ville de Québec entre dans la modernité : on saccage les quartiers populaires de la Basse-Ville à la Haute-Ville.
Je vois quelqu’un qui s’avance au micro. Madame, oui, allez-y, vous pouvez prendre la parole.
Alice : Bonsoir, je suis venu à la conférence par curiosité pour me faire raconter les autres époques de la ville de Québec. J’avoue, peut-être que j’étais naïve, mais j’espérais entendre parler d’autres choses que la « grande histoire », les « grands hommes », les faits militaires et religieux. J’avais envie d’entendre parler des mères de famille de la paroisse de Saint-Roch, des cireurs de chaussures, des casse-croûtes de la rue de la couronne, des révoltes, des soirées où le monde allait jouer aux quilles, etc., etc.
Bonsoir, je suis… j’entends, j’entends ce que vous dites, les conférences que je présente habituellement sont pour le grand public et j’ignorais que l’auditoire avait ce type d’intérêt…
Je vais voir, s’il n’y a pas des photos qui pourraient vous intéresser.
Alice : pendant que vous cherchez, je pourrais vous dire le fond de ma pensée. Dans le type d’histoire que vous mettez de l’avant, il n’y a pas beaucoup de place pour l’histoire sociale, pour les actions qui ont mené à de véritables changements dans la société, autrement dit, l’histoire des gens ordinaires … qui au final n’avaient rien d’ordinaire et qui ont fait leur époque.
Dans d’autres villes où j’ai habité, il y a des centres d’histoires qui parlent de luttes urbaines, de l’histoire populaire. Ici à Québec, il n’y a presque rien qui parle de cette version-là de l’histoire… à part peut-être la sculpture qui commémore les émeutes de résistance à la conscription de 1918…
Oui, je comprends, en plus il n’y a même pas de musée sur l’histoire de la ville de Québec.
Alice : Je vous fais entendre ceci, je ne sais pas si cela va fonctionner avec mon téléphone au micro, ce sont les mots de l’historien Dale Gilbert qui a écrit le livre Vivre en quartier populaire : Saint-Sauveur 1930-1980 :
Alice : L’idée, c’est ça, ce n’est pas des lieux de mémoires qui glorifient la nation, les grandes guerres, les « héros », mais des lieux qui parlent de la vie quotidienne des gens à l’époque…
Vous par exemple, comment dire, vous semblez avoir un certain âge, quand vous étiez jeune, qu’est-ce qui se passait dans la ville de Québec, est-ce qu’il y avait des mouvements ? Vous avez connu des gens ? Vous devez avoir des souvenirs ?
Oui. Oui, c’est certain. J’ai effectivement un certain âge. J’ai connu des gens, des gens qui sont encore des amis aujourd’hui.
J’ai des souvenirs… oui.

On voit ici une photo de Pierre Lahoud, historien et photographe aérien, dont des milliers d’images ont été données aux Archives de la Ville de Québec.
J’aime bien cette photo. On voit bien les différents quartiers de la ville : Le Vieux-Québec, Saint-Jean-Baptiste, Saint-Roch, Sauveur-Sauveur et une infime partie de Limoilou.
On voit aussi comment la paroisse Notre-Dame-de-la-Paix est disparue sous le rouleau compresseur du progrès, de l’autoroute Dufferin-Montmorency.
J’ai des souvenirs, oui. J’essaie d’entretenir mes souvenirs, mes mémoires aussi, en en parlant.
Je pense que ceci pourrait vous intéresser, madame et bien d’autres.
Je connais quelques personnes qui ont travaillé dans ce lieu-là, c’est un lieu qu’on dit « emblématique du milieu communautaire », c’est un édifice dans la Basse-Ville, sur la rue du Roi.

C’est une des rares photos que l’on a de cette maison. C’était là où était le premier comité citoyen de la ville de Québec, le Comité de l’Aire-10, c’est la première adresse de Radio Basse-Ville, peut-être que vous connaissez. Et combien d’autres organismes où ont travaillé des hommes et des femmes d’action.
Il n’y a pas d’histoire écrite à ce sujet-là par contre. Faudrait que vous retrouviez la maison, que vous retourniez sur les lieux, rencontrer les gens qui étaient liés à ce bâtiment, avant qu’il ne soit trop tard. Parce que oui, il y a des Mémoires à faire.
